Entre adaptation et opportunisme : les comportements « girouettes » au sein des CA
Sous l’Empire, on appelait « girouettes » ces figures politiques qui adaptaient leurs positions au gré des régimes, des rapports de force et des vents dominants. Dans La République des girouettes, l’historien Pierre Serna montre que ces revirements traduisaient moins de simples contradictions qu’un environnement marqué par l’incertitude, l’instabilité et l’effacement progressif des repères.
Deux siècles plus tard, cette métaphore conserve toute sa pertinence dans certains conseils d’administration.
Les comportements « girouettes » se manifestent lorsque des administrateurs — parfois des dirigeants — ajustent continuellement leurs positions en fonction des attentes du moment, des rapports de force, des pressions externes ou du climat dominant autour de la table.
Le phénomène dépasse largement la simple capacité d’adaptation, pourtant essentielle en gouvernance. Il révèle une difficulté plus profonde : maintenir une cohérence décisionnelle lorsque les pressions augmentent et que les équilibres deviennent plus fragiles.
Ces comportements prennent différentes formes :
– des orientations stratégiques fréquemment redéfinies;
– des convictions qui s’effacent sous la pression;
– des positions qui varient selon les interlocuteurs;
– une forte sensibilité au climat ambiant, combinée à une faible continuité dans les arbitrages.
Le véritable enjeu n’est pas le changement. Un conseil d’administration doit savoir évoluer, revoir certaines hypothèses et ajuster sa trajectoire lorsque le contexte l’exige.
Le risque apparaît lorsque l’absence d’ancrage transforme progressivement le conseil en caisse de résonance des pressions externes plutôt qu’en instance capable d’exercer un jugement indépendant et durable.
Un CA sans repères finit par gérer les humeurs du moment plutôt que les enjeux fondamentaux de l’organisation.
Les comportements « girouettes » prospèrent souvent dans les environnements où le désir de préserver l’harmonie prend le dessus sur la qualité du débat, où la prudence relationnelle remplace progressivement le courage de la contradiction.
La solidité d’un conseil ne se mesure pas à sa capacité à suivre le vent dominant, mais à sa capacité à l’interpréter sans perdre son cap.
Les girouettes indiquent le vent.
Les conseils robustes conservent leur boussole.